L’église Saint Guénolé de BATZ sur MER
En introduction, nous allons énoncer l’histoire du lieu, son contexte, son environnement, situer les différentes étapes d’évolution de l’édifice Saint-Guénolé
Les pages suivantes permettront de décrire les contenus spécifiques et admirables que renferme cet exceptionnel édifice patrimonial religieux et historique de la Presqu’île Guérandaise et de la Bretagne; dans le cadre d’un cheminement (Choeur, Chapelle Saint Jean, Contre-Allée Sud, Grand-Portail, Contre-Allée Nord, Chapelle Sain-François, Chapelle Notre-Dame du Précieux Sang, … etc)
Histoire de l’église et de son environnement
Origines et fondations pré-gothiques (VIe-Xe siècles)
> VIe siècle :
Une église primitive, dédiée à saint Cyr et sainte Julitte* d’Icône (Konia en Turquie -Cappadoce-), est fondée sur le site, probablement en bois et pierre locale, comme les églises paléochrétiennes. *L’enfant de 3 ans et sa Mère, martyrisés à Tarse, ville natale de Paul, au début de IVeme siècle dans la période des persécutions de l’Empereur Dioclétien. (Reliques à la cathédrale d’Auxerre, rapportées au Veme siècle par Saint Amâtre, évêque de cette ville et Saint Savin)
* cf informations sur Saint Cyr et Sainte Julitte
> 945 : Alain Barbetorte, Duc de Bretagne,
offre l’île de Bath-Wenran (ancien nom de Batz-sur-Mer, port ou bateau / terres blanches) et son église à Jean, abbé de Landévennec, en reconnaissance de son soutien dans son combat contre les Vikings et pour la libération de la Bretagne*.
* cf informations explicatives sur la nature exacte de l’aide apportée
L’abbaye de Landévennec, a été fondée par saint Guénolé (mort en 532 bien que parfois énoncée en 504).
> Xe siècle :
L’église est placée sous le patronage de saint Guénolé, marquant une gestion monastique par les bénédictins de Landévennec. Les moines de Landévennec assurent la gestion spirituelle et administrative.
Construction romane (XIIIe siècle)
> XIIIe siècle :
Une église romane remplace la structure primitive (probablement au même endroit, mais il ne subsiste pas de vestiges connus de l’église primitive), les Bénédictins lui attribuent vraisemblablement une dédicace à Guénolé et la même orientation sera ultérieurement conservée pour le Chœur de la futur église du XVeme siècle * (Cf ; archives diocésaines série 2P/261 Batz-sur-Mer). En effet, des vestiges de cette église romane sont encore visibles : 4 piliers ronds en granit, (chapiteaux simples, bases carrées ou rondes, contournés de 4 colonnettes) qui ont été réutilisés dans le Nord du Chœur de l’église actuelle.
*cf explications concernant le non alignement du chœur et de la nef (ci-dessous)
Construction gothique (XVe-XVIe siècles)
> Fin XIVe-début XVe siècle :
Construction de l’église actuelle en style gothique flamboyant, (a priori financée par les marais salants sous l’égide des ducs de Bretagne). Le chantier débute par le chœur et le transept, intégrant les piliers romans du côté nord du chœur vers 1400
> 1428 (2 Juillet) :
Consécration de l’église gothique (chœur et transept), présidée probablement par l’évêque de Nantes (Jean de Malestroit) ou un représentant, sous l’autorité de Landévennec. Les ducs de Bretagne (Jean V) soutiennent le projet. Un vitrail dans le collatéral droit commémore cet événement.
> 1460-1470 :
Agrandissement de la nef principale vers l’ouest et ajout des collatéraux nord et sud pour accueillir la population. Le chœur est réservé aux moines ou prieurs de Landévennec pour les offices, la nef aux fidèles laïcs. La chapelle latérale Saint-Jean-Baptiste, dans le collatéral sud (près de la porte Saint-Jean)
> Début XVIe siècle / (fin XVe ?):
Ajout de l’accès latéral nord (portail en granit, arc ogival) pour faciliter l’entrée des fidèles, lié à l’usage du collatéral nord (Chapelles Saint François et du Rosaire -ou de ND du Précieux Sang-). Porche (dit) du Garnal – (Karnel, ossuaire en Breton). Il y avait un cimetière dans lequel était inclus l’ossuaire / les bancs en granite témoignent du fait que le cimetière était surélevé par rapport à la place actuelle
> Non-alignement des nefs :
L’axe de la nef principale est décalée vers le sud (en regardant vers l’autel) comparé à celui du chœur, ie. l’angle par rapport au nord géographique est plus important :
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- Une orientation distincte du Chœur et de la Nef : La règle d’orientation, généralement respecté jusqu’au Concile de Trente (fin XVIe s.): était vers le soleil levant le jour de la fête de la dédicace. Au VIe siècle, une première église était dédiée à St Cyr et à sa mère Ste Julitte. Son orientation aurait pu être induite par la date de fête de l’époque dans le calendrier Julien (en principe le 16 juin). Au XIIIe siècle, les Bénédictins construisent une autre église (probablement) au même endroit, on ne sait pas si elle reprend les fondements de l’orientation précédente (mais c’est peu probable), par contre son orientation est reprise pour fonder le Chœur de l’église gothique au XVe. La dédicace à Saint Guénolé n’est certaine qu’avec la construction de la nouvelle église début XVe siècle; cependant et contrairement à certaines hypothèses énoncées, ni l’axe du Chœur, ni l’axe de la nef désaxée d’environ 10 degrés ne respectent la règle précitée, concernant une orientation vers le 3 mars (Saint Guénolé, dans le calendrier Julien). L’axe du Chœur du XVe (qui est orienté comme celui du XIIIe) a un azimut de l’ordre de 65-67°; ceci correspond au Levant aux dates (28/04-02/05) (10/08-14/08) dans le calendrier Julien du XIIIe-XVe.
- Un évènement commémoratif important : la Translation des Reliques de Saint Guénolé fêtée le 28 Avril (source Abbaye de Landevennec), et le Pardon de saint Guénolé célébré le 1er mai à Landevennec, précisément en mémoire de cette translation. Pour une abbaye, la translation (déplacement solennel des reliques d’un Saint d’un lieu à un autre), devient une grande fête car le saint « arrivait » réellement dans la communauté. Pour les moines de Abbaye de Landévennec, la translation de saint Guénolé avait une portée toute particulière : elle célébrait non seulement le saint, mais aussi l’identité même de leur monastère. La tradition rapportée par les textes du IXe siècle décrit une translation “de la petite église vers la grande” au sein de l’Abbaye de Landévennec. Les reliques de saint Guénolé furent transférées dans la nouvelle église abbatiale, lors d’une grande cérémonie publique qui attira de nombreux pèlerins.
- Une hypothèse plausible serait que la dédicace de Saint Guénolé soit attachée à la date de translation des Reliques du Saint, ce qui a déterminé l’orientation de l’église du XIIIe, puis du Chœur du XVe, et que l’orientation de la nef aurait été soumise à des contraintes autres, telle que la présence au Sud de la nef du Prieuré pré-existant.
Les autres hypothèses qui ont été faites :
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- Contraintes de l’environnement ne permettant pas de conserver l’axe du Chœur hérité du XIIIe sur l’ensemble de la nef, du fait par exemple de la présence du Prieuré
- Symbolisme religieux : Hypothèse marginale de la tête inclinée du Christ.
- Contraintes économiques : Ressources limitées empêchant une reconstruction complète, d’où l’adoption de la reprise des fondements du XIII pour le Chœur du XVe.
Environnement immédiat (du XIIIe-XVe siècles) :
> Le Prieuré (Clos du Prieuré) :
Ce n’est pas un cloître monastique classique, mais la cour / enclos du prieuré attenant à l’église, typique d’un prieuré dépendant d’une abbaye mère (ici Landévennec). Les moines y vivaient en petite communauté, avec le prieur nommé par l’abbé de Landévennec. Le prieuré est mentionné jusqu’au XVIe siècle et reste rattaché à Landévennec jusqu’à la Révolution (même si la présence physique de moines diminue après le XVIe siècle, avec un vicaire perpétuel.
> Chapelle Notre-Dame du Mûrier :
Fondée au XVe siècle, financée par des dons locaux ou Landévennec, endommagée en 1819 (toiture détruite), matériaux réutilisés pour l’église Saint-Guénolé. Restaurée au XXe siècle, évoquée dans un vitrail (« ruines du Mûrier »). Sa statue de Notre-Dame du Précieux Sang lie les deux sites.
La chapelle, dédiée à la Vierge Marie, trouve ses origines au XVe siècle, période où la peste ravageait la Bretagne. Les habitants de Batz-sur-Mer, en particulier les paludiers (travailleurs des marais salants), firent le vœu de reconstruire un ancien sanctuaire en ruines pour implorer la protection divine contre l’épidémie. La reconstruction débuta vers 1438 et s’acheva en 1496, sous l’égide du prieur Jean de Kerguz.
Selon mes informations, l’orientation de l’édifice serait sur un azimut d’environ 125°, ce qui correspondrait au 8 décembre (fête de la Conception de la Vierge, fête mariale célébrée à cette date au moyen-âge -bien avant la définition du dogme de l’Immaculée Conception en 1854-). Tout ceci serait parfaitement cohérent d’une orientation au soleil levant le jour de la dédicace à Marie.
*cf informations sur Notre-Dame du Mûrier
Développement et transitions religieuses
> XVIIe siècle
• Jusqu’en 1660 : Gestion par Landévennec, puis par une paroisse locale unifiée (Pouliguen-Croisic).
• 1677 : Tour-clocher en granit (construction de 1658-1677) , financée par un impôt sur le vin, après destruction des clochers en bois et ardoises (incendie par la foudre 22 décembre 1655)
• 1677 : Construction du Maître Autel
• 1682 : Portes latérales du Maître Autel par Hupel et les stalles
• Fin XVIIe : Buffet de l’orgue
> XVIIIe siècle
• 1763 : Retable en bois doré
> Époque moderne et contemporaine (XIXe-XXe siècles)
• XIXe siècle : Restaurations post-tempêtes (1819, matériaux du Mûrier). Modification de la porte Saint-Jean (collatéral sud, élargissement ou restauration) et ajout du vitrail de Jeanne d’Arc à Chinon, dévotion patriotique post-1870, liée à la canonisation de 1920.
• à partir de 1887 : Rénovation des lambris bois du chœur et nefs
• 1909 : Classée monument historique.
• 1926-1928 : 2e restauration de l’orgue muet depuis 1900, puis en 1985
• XXe siècle : Statues Jean Fréour (1910-2010).
• 1992 Nouveaux vitraux (Yves Dehais) au dessus des 2 portes principales
Plusieurs statues , œuvres du sculpteur batzien contemporain Jean Fréour (1919-2010) :
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- Christ de la chapelle Saint Jean 1960
- Notre Dame du Précieux Sang 1980
- La Sainte Famille 1994
• 1997 – La tapisserie du baptême du Christ : carton de l’artiste breton Toulhoat tissée par les ateliers Le Minor de Pont-L’abbé
> XXIe siècle :
Sur les 2 dernières décennies, nombreux travaux d’entretien et de restauration
À nouveau une restauration de l’orgue en 2012, puis le tableau de Pierre Jacques Cazes, l’antependium, en 2004 le tableau du Maître-Autel l’Assomption de la Vierge), sans oublier ce qui ne se remarque pas , mais n’est pas le moins couteux comme toiture et charpentes.
> Paroisse Saint-Yves de la Côte Sauvage, centre spirituel et touristique.
Rappelons que la paroisse de Batz a longtemps été constituée des trois paroisses de la Presqu’ile
- Le Croisic , dont l’église Notre Dame de Pitié a été consacrée en 1501, a eu son indépendance religieuse en 1763 (décret de l’Evêque de Nantes du 31.10.1763, confirmé par lettres patentes du Roi en février 1764)
- Le Pouliguen, a été érigée en paroisse en 1820
- à nouveau regroupées le 20.06.2004 pour former la « nouvelle » paroisse St Yves de la Côte Sauvage.
(Textes originels* C.Suire – enrichis)
