La Chapelle Notre-Dame-du-Mûrier à Batz-sur-Mer, en Loire-Atlantique, est un édifice catholique emblématique, aujourd’hui en ruines, dont l’histoire est riche et marquée par des événements religieux, culturels et climatiques. Voici un résumé de son historique basé sur les informations disponibles :
Origine et construction (XVe siècle)
La chapelle, dédiée à la Vierge Marie, trouve ses origines au XVe siècle, période où la peste ravageait la Bretagne. Les habitants de Batz-sur-Mer, en particulier les paludiers (travailleurs des marais salants), firent le vœu de reconstruire un ancien sanctuaire en ruines pour implorer la protection divine contre l’épidémie. La reconstruction débuta vers 1438 et s’acheva en 1496, sous l’égide du prieur Jean de Kerguz, un moine bénédictin de Landévennec. Le duc de Bretagne, Jean V, sollicita le pape Eugène IV en 1442 pour accorder des indulgences aux fidèles contribuant financièrement à l’édifice, ce qui facilita son financement malgré la prospérité locale liée au commerce du sel. En 1496, un bref papal accorda également 100 jours d’indulgence pour encourager les dons à son entretien.
Construite dans un style gothique flamboyant, la chapelle se distingue par son architecture harmonieuse (27 m de long, 17 m de large), avec des arcs ogivaux, un arc-diaphragme séparant la nef et le chœur, et un chevet à trois pans. Elle était un lieu de pèlerinage important pour les habitants de la presqu’île guérandaise, comparable aux grandes chapelles cornouaillaises (Vannes, Quimper). Une légende locale attribue son nom à un miracle : le seigneur Jean de Rieux de Ranrouët, naufragé, aurait été guidé vers la côte par une statue de la Vierge placée dans un mûrier. Une autre hypothèse concernant le terme « mûrier » serait qu’il vienne de « murié », une déformation du latin muria (saumure), en référence aux marais salants environnants.
Dédicace & alignement :
Selon mes relevés topographiques personnels, l’orientation de l’édifice serait sur un azimut d’environ 108° ce qui dans le calendrier Julien en 1450 correspond à un soleil levant le 8 février ou le 14 octobre; il n’y a pas de correspondance exacte avec une date de dédicace à la Vierge Marie, la fête mariale la plus proche et la plus importante étant « La Purification de la Vierge Marie (aussi appelée Présentation de Jésus au Temple) », le 2 Février. Il est à noter que le 2 février dans ce même calendrier (Julien 1450) correspondrait à un azimut de 110,8° (ce qui est assez éloigné de mon relevé mais peut être compatible d’une marge d’erreur combiné). Toujours est-il que nous sommes trop éloigné des 125° supposé précédemment, qui correspondrait au 8 décembre (fête de la Conception de la Vierge, fête mariale célébrée à cette date au moyen-âge -bien avant la définition du dogme de l’Immaculée Conception en 1854-).
Je suis à l’écoute de toute suggestion sur une hypothèse de correspondance plus évidente, qui peut être également attachée à l’édifice primitif qui a précédé l’élévation de cette chapelle au XVème siècle.
Évolution et dégradation (XVIIe-XIXe siècle)
Au fil des siècles, la chapelle subit des modifications mineures : la maîtresse-vitre fut réparée en 1677, la verrière ouest en 1698, et une partie fut murée vers 1740 pour accueillir un retable. À la Révolution française, elle fut transformée en salle du conseil municipal et cessa d’être un lieu de culte après le Concordat. En 1819, une violente tempête emporta une grande partie de sa toiture. Faute de moyens pour la restaurer, le conseil de fabrique décida de récupérer les matériaux restants pour réparer l’église voisine Saint-Guénolé, située à une trentaine de mètres. La chapelle fut alors abandonnée, pillée, et ses pierres progressivement dispersées, tombant peu à peu en ruines.
Conservation et valorisation (XIXe-XXe siècle)
En 1832, les portes et fenêtres de la chapelle furent murées pour limiter les dégradations. Classée Monument historique en 1862, elle fit l’objet de travaux de consolidation en 1902 et 1933, notamment sous la supervision de l’architecte Charles Chaussepied, qui réalisa des relevés précis en 1893. Malgré une proposition de restauration complète au début du XXe siècle pour en faire une annexe de l’église paroissiale, le projet fut rejeté par les Monuments historiques, préférant préserver son état de ruines.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, la chapelle Notre-Dame-du-Mûrier est un site touristique et culturel, intégré au circuit d’interprétation de Batz-sur-Mer. Ses ruines, bien entretenues, attirent les visiteurs pour leur atmosphère romantique et mystérieuse, renforcée par une mise en lumière nocturne. Des concerts, expositions et visites guidées y sont organisés, et une carte ludique avec jeux et énigmes est proposée aux enfants via l’Office de Tourisme. L’édifice reste un témoignage de la foi des Batziens et de l’architecture gothique flamboyante de la région.
