Nous traiterons spécifiquement ici, au cours de la déambulation de la nef côté Nord, des culs de lampe et des clefs de voûte, qui mérite à elles seules un descriptif approfondi
Culs de lampes :
(Ce sont les supports des arêtes des voûtes) = AVERTISSEMENTS
Dans les églises médiévales
A l’entrée de la nef, on a généralement « l’espace de la liberté », nous donnant le choix entre le Bien et le Mal, par exemple par deux figurines ou deux symboles
A Batz, cet espace de la liberté est représenté en face de l’entrée Nord, par un ange à gauche, (vers l’autel, vers le Bien et l’Espérance, la lumière du soleil levant, de Dieu, de l’Amour) et une sirène à droite (une sirène avec une queue de poisson relevée symbolisant la tentation et la luxure), vers le fond de l’église, vers le Couchant. D’ailleurs, plus on va vers le fond de l’église, plus le Mal est présent.
Au niveau de la porte Nord (porte du Garnal)
- Un ange de bienvenue
- Un monstre dévorant un homme ? (face à l’ange (le plus vers l’autel))
Puis en remontant vers le fond de la nef
- La sirène au nombril (luxure & clés : rappel Dahut/Gradlon) cf: Légende du Roi Gradlon et de sa fille Dahut)
- Un lion tourné vers le bas (face à la sirène) (traces couleur rouge)
- L’ange avec trompette (apocalypse – 1 des 7: sept anges reçoivent sept trompettes et les sonnent successivement pour annoncer une série de jugements divins pendant la fin des temps)
- Un monstre ailé (Dragon, Griffon ?) (face à l’ange avec trompette)
- Un homme piétiné par sa monture ? (certains y voit un éléphant)
- Une tête de mort
(Textes originels : C.Suire & enrichis)
Les culs-de-lampe de l’église Saint-Guénolé semblent être des avertissements,
reflétant des thèmes médiévaux comme la mortalité, le péché et la tentation. Les interprétations proposées s’appuient sur le symbolisme général, faute d’histoires spécifiques trouvées. Laurent Guitton, bien qu’ayant écrit sur l’art local, ne semble pas avoir décrit ces culs-de-lampe en détail dans les sources accessibles. Leur lien avec l’histoire de l’église souligne leur rôle éducatif dans une région côtière et salicole, aligné avec les pratiques artistiques du 15e siècle.
Hypothèses générales sur le rôle des culs-de-lampe
En l’absence de recherches spécifiques, les culs-de-lampe peuvent être interprétés à travers le prisme de l’art médiéval :
- Celui à gauche en entrant face au visiteur : un ange invitant à se tourner vers Dieu vraisemblablement
- Monstre dévorant un homme : Possible représentation de l’enfer ou des conséquences du péché.
- Sirène : Représente la tentation, (pertinent dans une région maritime). (Hypothèse Dahut / Gradlon, cf plus haut)
- Lion tourné vers le bas : Peut symboliser l’humilité ou la soumission.
- Ange et trompette : Évoque le Jugement Dernier.
- Dragon ailé : Symbole du diable, souvent vaincu par des figures saintes.
- Homme piétiné par un éléphant : Peut illustrer le triomphe du bien sur le mal, l’éléphant symbolisant la force divine.
- Tête de mort : Symbole de la memento mori, rappelant la mortalité.
Ces interprétations s’appuient sur des conventions médiévales, mais aucune source ne confirme leur application spécifique à Batz-sur-Mer.
&
Les clés de voûte
Ste Barbe,
enfermée dans une tour par son père Dioscore. S’étant consacrée à Dieu en son absence elle fait percer une 3ème fenêtre (symbole de la Trinité). Décapitée par son père, celui-ci est aussitôt foudroyé (patronne des pompiers, sapeurs et artilleurs)
La Sainte Face
tenue par 3 anges et Véronique qui épongea le visage du Christ sur le chemin de la croix (selon les apocryphes).
Les 7 péchés capitaux
(d’après M. Laurent Guitton, Dr en histoire médiévale)- un homme nu entouré de 7 monstres qui le supplicient :
- un lion pose une couronne ducale = l’orgueil
- un cochon lui tire la langue = l’envie
- un monstre passif lui retient le bras = la paresse
- un autre lui plante un couteau dans le cœur= la colère
- un autre vient de déchiqueter le pied gauche = la gourmandise
- un autre se rapproche des parties génitales = la luxure
- un âne lui mord le bras pour lui faire lâcher ce qu’il tient dans la main = l’avarice
Il s’agit d’un langage cru et imagé destiné à une population ne sachant ni lire et écrire
St Jean Baptiste,
tenant le tau, avec une grossière torsade de pampre et de raisins
Le miracle de l’oie
Clervie sœur de St Guénolé est. à gauche, le temps a eu raison de la tête du saint. Celui-ci aurait repris dans le ventre d’une oie l’œil de Clervie mangé par l’animal et remis en place « avec succès » même l’oie aurait survécu…
Les Hermines de Bretagne, avec une tête de femme
dans le renfoncement du collatéral formant une 4ème nef (Marguerite de Bretagne 1°épse du Duc François II, commanditaire de la clé des 7 péchés ? L.Guitton)
(Textes originels : C.Suire & enrichis)
Précisions, concernant chacune des clés de voûte
Clé de voûte consacrée à Sainte Barbe,
La clé de voûte de l’église Saint-Guénolé de Batz-sur-Mer, située dans le collatéral nord, représente sainte Barbe, une figure emblématique du christianisme, souvent associée à la protection contre la foudre et les morts soudaines. Cette clé de voûte, mentionnée dans certaines sources comme ornée de motifs détaillés, illustre sainte Barbe avec des attributs traditionnels tels que la tour où elle fut emprisonnée et la palme du martyre, symboles centraux de son histoire.
> Histoire de sainte Barbe en lien avec la clé de voûte
Sainte Barbe, martyre du IIIe ou IVe siècle, est une sainte chrétienne dont la légende a traversé les siècles, particulièrement populaire en Bretagne où son culte était répandu. Selon la tradition, Barbe était la fille d’un riche païen nommé Dioscore, qui l’enferma dans une tour pour la protéger des influences extérieures et préserver sa beauté. Fervente convertie au christianisme, Barbe se consacra à Dieu malgré l’opposition de son père.
Un élément clé de son histoire, directement lié à la représentation sur la clé de voûte, concerne la tour où elle était enfermée. Lors de son enfermement, Barbe demanda que trois fenêtres soient percées dans la tour, en l’absence de son père, pour symboliser la Sainte Trinité, révélant ainsi sa conversion au christianisme. Ce détail des trois fenêtres est central dans l’iconographie de sainte Barbe, car il marque son acte de foi audacieux face à l’autorité paternelle païenne. Ce geste provoqua la colère de Dioscore, qui, découvrant sa conversion, la dénonça. Barbe fut alors soumise à de cruelles tortures et finalement décapitée par son propre père, qui fut ensuite frappé par la foudre, interprété comme un châtiment divin.
> Lien avec la clé de voûte
La clé de voûte de l’église Saint-Guénolé, datant du XVe siècle, met en lumière cet épisode de la vie de sainte Barbe, en la représentant dans sa tour, avec une allusion aux trois fenêtres symbolisant la Trinité. Cette iconographie, courante dans l’art gothique, souligne son courage et sa foi, des valeurs chères aux communautés bretonnes de l’époque. La présence de sainte Barbe sur une clé de voûte, élément architectural central, reflète également son importance dans la spiritualité locale, où elle était invoquée pour protéger contre les tempêtes et les dangers, particulièrement pertinents dans une région maritime comme Batz-sur-Mer.
Ainsi, cette clé de voûte illustre non seulement le martyre de sainte Barbe, mais aussi son acte symbolique de foi à travers les trois fenêtres, un détail qui ancre sa conversion dans l’histoire chrétienne et la rend mémorable pour les fidèles visitant l’église.
> Les patronages et interprétations
Sainte Barbe est la patronne de plusieurs groupes professionnels et communautés, en raison de son martyre et des éléments symboliques de son histoire. Elle est notamment :
- Patronne des mineurs, artificiers, pompiers et artilleurs : Ces professions sont associées à sainte Barbe en raison de la légende selon laquelle son père, Dioscore, fut frappé par la foudre après l’avoir décapitée pour sa foi chrétienne. Cette association avec la foudre et le feu divin a fait d’elle une protectrice contre les explosions, les incendies et les dangers soudains, risques inhérents à ces métiers. Les mineurs, travaillant dans des environnements à risque d’explosions, et les artificiers, manipulant des explosifs, se placent sous sa protection pour éviter les catastrophes.
- Patronne des architectes et maçons : La tour où sainte Barbe fut emprisonnée par son père, et dans laquelle elle fit percer trois fenêtres pour symboliser la Sainte Trinité, lie son iconographie à l’architecture. Ce détail des trois fenêtres, révélant sa conversion au christianisme, est un symbole fort de sa foi et de sa rébellion contre l’autorité païenne de son père.
> Spécificité d’une commune de bord de mer
Dans le contexte d’une commune de bord de mer comme Batz-sur-Mer, où se trouve l’église Saint-Guénolé avec la clé de voûte dédiée à sainte Barbe, son culte prend une dimension particulière. Les communautés maritimes, exposées aux tempêtes, à la foudre et aux dangers de la mer, invoquaient souvent sainte Barbe pour sa protection contre les morts soudaines et les catastrophes naturelles. La foudre, fréquente lors des tempêtes en mer, était une menace directe pour les marins et les habitants des côtes. Ainsi, la présence de sainte Barbe sur la clé de voûte de l’église reflète son rôle de gardienne pour les habitants de Batz-sur-Mer, une commune où la mer, source de vie (pêche, saliculture), est aussi une source de périls. Son intercession était perçue comme un rempart spirituel contre les dangers maritimes, renforçant son importance dans la culture locale bretonne.
Clé de voûte, représentant la Sainte Face,
Cette clé de voûte,: la Sainte Face, également connue sous le nom de Voile de sainte Véronique ou Mandylion, un symbole chrétien lié à la Passion du Christ.
> Descriptif de la clé de voûte
La clé de voûte de la Sainte Face dans l’église Saint-Guénolé représente, le visage du Christ, tenu par sainte Véronique et entouré de trois anges. Cette iconographie est typique des représentations médiévales de la Sainte Face, où le visage du Christ est souvent montré sur un linge, parfois encadré par des figures angéliques ou des saints.
> Histoire et signification de la Sainte Face
La Sainte Face fait référence à une tradition chrétienne remontant à une légende apocryphe, celle de sainte Véronique. Selon cette tradition, lors de la montée au Calvaire, une femme nommée Véronique aurait essuyé le visage ensanglanté et souffrant de Jésus avec un linge. Miraculeusement, l’image de son visage se serait imprimée sur ce tissu, devenu une relique sacrée connue sous le nom de Voile de Véronique (du latin vera icona, « vraie image »). Cette relique, bien que non mentionnée dans les Évangiles canoniques, est devenue un symbole puissant de la Passion du Christ dans la spiritualité médiévale, particulièrement en Europe occidentale.
Dans le contexte de l’église Saint-Guénolé, la représentation de la Sainte Face sur la clé de voûte s’inscrit dans la piété médiévale bretonne, où les fidèles accordaient une grande importance aux images et reliques liées à la Passion. Cette iconographie était particulièrement répandue dans l’art gothique, où les clés de voûte servaient non seulement de support architectural mais aussi de catéchisme visuel pour les fidèles, souvent illettrés à l’époque.
> Contexte historique local
La présence d’autres clés de voûte dans le même collatéral, comme celle des sept péchés capitaux ou de sainte Barbe, indique un programme iconographique cohérent, destiné à enseigner les vertus et les vérités chrétiennes aux fidèles.
Clé de voûte qui représente une scène rare et saisissante des sept péchés capitaux,
illustrant l’âme humaine aux prises avec ses vices sous la forme d’un pécheur nu persécuté par sept monstres zoomorphiques ou démoniaques. Cette œuvre, analysée en profondeur par Laurent Guitton, docteur en histoire médiévale, incarne une vision moralisante et complexe, où chaque péché est symbolisé par une attaque spécifique contre le pécheur, reflétant les tourments spirituels et physiques infligés par les vices. Bien que la correspondance exacte entre chaque monstre et un péché spécifique soit difficile à établir en raison de l’oscillation de la symbolique animalière médiévale, l’ensemble est conçu pour frapper les esprits et enseigner la gravité des péchés capitaux.
> Contexte et description générale
La clé de voûte, située dans le collatéral nord de l’église, s’inscrit dans le style gothique flamboyant breton et fait partie d’un programme iconographique plus large, probablement commandité sous l’influence de Marguerite de Bretagne, première épouse du duc François II, dans les années 1460. Cette représentation, unique en Bretagne avec seulement deux autres exemples similaires (à Saint-Malo de Dinan et Saint-Léry), vise à la fois un but didactique – avertir les fidèles des dangers des vices – et des intentions sociopolitiques, possiblement liées à des tensions matrimoniales ou politiques au sein de la cour ducale. Selon Laurent Guitton, l’œuvre s’appuie sur une symbolique animalière où les monstres, par leurs actions violentes, incarnent les dégradations morales et spirituelles causées par les péchés.
> Description des sept péchés capitaux
La clé de voûte montre un homme nu, symbolisant l’âme humaine ou le pécheur, entouré et attaqué par sept créatures monstrueuses, chacune infligeant une torture spécifique. Bien que les sources médiévales ne permettent pas toujours d’attribuer un animal ou une action à un péché précis, voici une description détaillée des représentations probables, basée sur l’analyse de Laurent Guitton et les descriptions disponibles :
- Luxure : Un monstre, souvent identifié comme représentant la luxure, est décrit comme arrachant les entrailles du pécheur. Cette image brutale symbolise la destruction intérieure causée par les désirs charnels incontrôlés, perçus comme une souillure de l’âme. La luxure, dans l’iconographie médiévale, est souvent associée à des figures bestiales ou à des actes de déchirure physique, reflétant la perte de contrôle.
- Avarice : Un monstre pourrait être représenté en train de mordre ou de griffer avidement le pécheur, symbolisant l’attachement obsessionnel aux richesses matérielles. L’avarice est souvent figurée par des créatures avides ou des gestes de saisie, illustrant la manière dont ce vice enchaîne l’âme.
- Orgueil : Un monstre attaquant la tête ou le visage du pécheur pourrait incarner l’orgueil, péché capital considéré comme la racine de tous les autres. Cette agression symbolise la vanité qui aveugle et corrompt la raison, défigurant l’image divine en l’homme.
- Envie : Une créature aux traits jaloux, peut-être représentée par un regard perçant ou une morsure venimeuse, pourrait symboliser l’envie. Ce péché est souvent associé à des serpents ou des bêtes aux yeux perçants, évoquant la malveillance et la convoitise envers autrui.
- Gourmandise : Un monstre dévorant ou mordant le corps, peut-être au niveau du ventre, pourrait représenter la gourmandise. Ce vice, lié à l’excès dans la consommation, est souvent illustré par des créatures voraces, symbolisant l’asservissement aux plaisirs matériels.
- Colère : Une créature aux traits furieux, peut-être armée de griffes ou d’un glaive, pourrait incarner la colère. Une description mentionne un monstre perçant le flanc du pécheur avec une arme, évoquant l’idée d’un « homme sans cœur » (selon une référence à Saint Paul), symbolisant la violence destructrice de ce péché.
- Paresse : Un monstre immobilisant le pécheur, peut-être en l’enserrant ou en l’écrasant, pourrait représenter la paresse. Ce vice, associé à l’inaction spirituelle, est souvent figuré par une créature qui paralyse ou alourdit sa victime, l’empêchant de progresser vers la salvation.
> Analyse et symbolisme
Chaque monstre, par son action (morsure, griffure, déchirement), illustre la manière dont les péchés capitaux mutilent l’âme humaine. Selon Laurent Guitton, la symbolique animalière ne permet pas d’établir des correspondances rigides entre un animal spécifique et un péché, car les significations varient selon les contextes médiévaux. L’œuvre, par sa violence visuelle, sert d’avertissement aux fidèles, tout en reflétant des enjeux politiques, comme une possible critique de François II par Marguerite de Bretagne pour ses infidélités.
Clé de voûte Saint Jean-Baptiste,
ça n’est pas un hasard, si il se situe face à la porte d’entrée de l’église, le non croyant, est invité à entrer pour rencontrer Dieu, ce qui renforce l’hypothèse de la présence de st Jean-Baptiste en clef de voûte
La clé de voûte se distingue par sa riche iconographie et sa symbolique. Cette clé de voûte représente Saint Jean-Baptiste, identifiable par des éléments spécifiques tels que le tau (symbole traditionnel associé à ce saint, évoquant la croix en forme de T ou son bâton de prédicateur) et une torsade de pampres ornée de grappes de raisins, qui enrichissent sa signification.
> Descriptif de la clé de voûte
- Saint Jean-Baptiste : La figure centrale est probablement une représentation en pied de Saint Jean-Baptiste, souvent associé au désert et à la prédication. Certains observateurs, selon le site InfoBretagne, pourraient confondre cette figure avec le Bon Pasteur en raison de la forme du vêtement, mais la présence du tau oriente vers Saint Jean-Baptiste.
- Torsade de pampres et raisins : La clé est entourée d’une couronne sculptée où se mêlent des pampres (feuilles de vigne) et des grappes de raisins, symboles eucharistiques par excellence. Ces motifs évoquent le vin, lié au sacrifice du Christ dans la liturgie chrétienne, et pourraient également faire référence à l’ascétisme de Saint Jean-Baptiste, qui vivait de manière frugale dans le désert. La présence de ces éléments végétaux ajoute une dimension ornementale et symbolique, typique de l’art gothique breton, où la nature est souvent intégrée pour renforcer le message spirituel.
> Spécificité de sa présence à Batz-sur-Mer
- Contexte local et symbolique : Saint Jean-Baptiste est le saint patron des baptêmes, et sa représentation dans l’église peut être liée à l’importance du baptême dans une communauté maritime comme celle de Batz-sur-Mer, où les rites de passage religieux étaient centraux. La torsade de pampres et de raisins pourrait également faire écho à une économie locale marquée par le commerce du vin, qui a joué un rôle dans le financement du clocher de l’église au XVIIe siècle via un impôt sur le vin vendu au détail.
Clé de voûte du miracle de l’oie,
associé à saint Guénolé et à sa sœur Clervie. Cette sculpture, située dans le collatéral nord de l’église, se distingue par sa référence à une légende plouguinoise mettant en scène un épisode miraculeux de la vie du saint. Selon cette légende, une oie aurait arraché et avalé l’œil de Clervie, la jeune sœur de Guénolé. Celui-ci, dans un acte de foi, aurait retrouvé l’oie responsable, l’aurait éventrée pour récupérer l’œil intact, puis l’aurait replacé dans l’orbite de Clervie, lui rendant la vue par un signe de croix. Sur la clé de voûte, la tête de saint Guénolé est manquante (probablement les ravages du temps), mais celle de Clervie est clairement identifiable.
Cette représentation met en avant le pouvoir miraculeux de Guénolé, patron des ophtalmologistes, et illustre la dévotion locale à ce saint, particulièrement vénéré à Batz-sur-Mer en raison de son lien historique avec l’abbaye de Landévennec, dont les moines ont influencé la paroisse dès le Xe siècle.
La présence de cette clé de voûte à Batz-sur-Mer est significative, car elle reflète l’importance de saint Guénolé. La scène du miracle de l’oie, rare dans l’iconographie, témoigne d’une volonté de mettre en valeur un épisode spécifique de la vie du saint, peut-être pour renforcer son culte auprès des fidèles locaux et des pèlerins.
Clé de voûte : Les Hermines de Bretagne, avec une tête de femme
> Filiations et dates essentielles
- Jean V, duc de Bretagne, a plusieurs fils dont :
- François Ier (futur duc, mort en 1450), qui épouse Isabelle d’Écosse.
- Richard d’Étampes (1395-1438), comte d’Étampes.
- François Ier et Isabelle d’Écosse ont une fille : Marguerite de Bretagne (née vers 1443, morte le 25 septembre 1469).
- Richard d’Étampes a un fils : François d’Étampes, futur François II, duc de Bretagne (1435-1488).
- Marguerite de Bretagne (1443-1469), fille de François Ier, épouse donc son cousin François d’Étampes (futur François II) le 13 ou 16 novembre 1455 au château de l’Hermine à Vannes (elle a alors environ 12 ans).
Ce mariage, arrangé par Pierre II, visait à réunir les branches de la famille de Montfort et sécuriser la succession. - Ils ont un fils, Jean, comte de Montfort, né en 1463 et mort en bas âge la même année.
- Marguerite meurt le 25 septembre 1469 à Nantes (à environ 26 ans), sans descendance survivante. Elle est inhumée dans la cathédrale de Nantes.
François II se remariera en 1471 avec Marguerite de Foix, qui sera la mère d’Anne de Bretagne.La clé de voûte de l’église Saint-Guénolé de Batz-sur-Mer
> Descriptif de la clé de voûte
Cette clé de voûte, située dans le bras nord du transept (ou chapelle latérale nord), date des années 1460-1470, période d’agrandissement de l’église en style gothique flamboyant.
Elle représente :
- Une tête de femme.
- Un blason circulaire orné d’hermines de Bretagne (emblème de la maison ducale).
Selon l’historien Laurent Guitton (dans ses travaux sur l’iconographie à Batz-sur-Mer, notamment « Le mystère du pécheur de Batz-sur-Mer »), cette tête de femme évoque très probablement Marguerite de Bretagne (1443-1469), première épouse de François II et duchesse de Bretagne à cette époque.
> Spécificités liées à Batz-sur-Mer :
- La sculpture se trouve à proximité d’une autre clé de voûte rare représentant les sept péchés capitaux (un pécheur tourmenté par des monstres symbolisant les vices).
- Selon l’hypothèse de Laurent Guitton, la tête de femme sculptée sur cette clé de voûte (bras nord du transept, années 1460-1470), accompagnée du blason circulaire aux hermines de Bretagne, représente ou évoque cette Marguerite de Bretagne, duchesse consort et possible mécène.
- La proximité avec la clé de voûte des sept péchés capitaux renforce l’idée d’un programme iconographique cohérent, peut-être commandité ou inspiré par elle (ou son entourage) durant les travaux d’agrandissement de l’église. Le blason ducal aux hermines affirme l’influence de la maison de Bretagne dans cette paroisse liée aux marais salants de Guérande, à une période où François II et son épouse exerçaient leur mécénat. Cela pourrait refléter des intentions personnelles (tensions conjugales avec François II, connu pour sa relation avec Antoinette de Maignelais) ou une affirmation dynastique.
- Marguerite de Foix (seconde épouse, mariée en 1471, mère d’Anne de Bretagne) n’est pas concernée par cette sculpture.
- Le blason aux hermines affirme clairement l’influence de la maison ducale dans cette paroisse, dont le chœur dépendait de l’abbaye de Landévennec, tandis que la nef et les travaux étaient financés en partie par les paroissiens et des mécènes laïcs proches du pouvoir ducal.
- Batz-sur-Mer, proche des marais salants de Guérande (source de richesse), constituait un lieu stratégique pour exprimer le prestige et l’autorité des ducs de Bretagne au XVe siècle.
- Cette clé de voûte incarne donc à la fois le mécénat possible de Marguerite de Bretagne et l’affirmation du pouvoir ducal dans une église paroissiale bretonne à la fin du Moyen Âge.















